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Centre du riz pour l’Afrique


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Savitri Mohapatra, Rédactrice (s.mohapatra@cgiar.org)

Janvier-Mars 2003

Numéro 1

 

Pourquoi les Nigérians s’accrochent-ils au riz importé ?
Perspectives d’une étude d’ensemble sur le secteur riz

Un schéma directeur pour une stratégie efficace de développement rizicole pour le Nigéria est en train de voir le jour. Il est élaboré par les économistes de l’ADRAO, en collaboration avec leurs partenaires du Nigeria. Cette stratégie est développée en réponse à une requête de l’USAID, qui soutient le projet L’économie rizicole du Nigeria dans un monde de compétition : contraintes, opportunités et choix stratégiques.

Les perspectives de ce projet seront partagées avec le Comité présidentiel travaillant sur l’amélioration de la production de riz au Nigeria en vue d’éventuelles exportations. Le Comité a invité l’ADRAO à contribuer au débat sur le secteur riz pour l’aider à prendre des décisions appropriées visant à réduire la forte dépendance du pays sur le riz importé et encourager sa production rizicole. Le Comité a été mis en place par le Président Obasanjo, en 2002.

Le Nigeria est le deuxième plus grand importateur mondial de riz, avec une dépense annuelle de plus de 300 millions de dollars. Le pays a importé 1.7 million de tonnes de riz en 2001 et 1.5 million en 2002. Au vu de ses potentialités agricoles, pourquoi le Nigeria a-t-il besoin d’importer de si grandes quantités de riz? Posez la question à une ménagère nigériane et vous serez au cœur du problème.

Le leurre du riz importé

Des rangées interminables de sacs de riz importé aux couleurs vives – c’est la scène qui s’offre à vos yeux dans les rues de Port Harcourt, une ville du Sud-Nigeria. Les sacs sont étiquettés riz thaïlandais, riz indien, riz Uncle Ben’s – tout sauf riz nigérian. Cette scène n’est pas particulière à Port Harcourt; elle est typique dans toutes les villes et même dans beaucoup de villages au Nigeria.

“Je préfère acheter du riz importé, parce qu’il est propre et je peux le préparer immédiatement. Si j’achetais du riz local, j’aurais à prendre du temps pour le débarrasser des cailloux ou débris,” indique Mme Nike Abamu de Port Harcourt. Mme Grace Adigun d’Ibadan, elle, déclare, “Mon mari rouspète lorsque je prépare du riz local, qui parfois dégage de la mauvaise odeur parce qu’il n’a pas été bien travaillé à l’usinage.”

La mauvaise qualité et l’approvisionnement irrégulier en riz local sont les deux problèmes majeurs des consommateurs de riz au Nigeria, où la consommation de riz, au fil des trois dernières décennies, s’est accrue pour atteindre un taux inégalé de plus de 10% par an – plus vite que nulle part ailleurs dans le monde. Cette croissance est la résultante d’une démographie urbaine émergeante et du changement dans les préférences de consommation.

Le riz est plus facile à préparer que les autres céréales traditionnelles et s’adapte bien aux modes de vie du riche et du pauvre, en milieu urbain. N’étant plus considéré comme un luxe, le riz est vite devenu une nourriture de base dans le pays. “Il est même en train de remplacer le manioc et l’igname utilisés pour le ‘fufu’ – un des plats les plus populaires au Nigeria,” affirme Mme Abamu.

Même si la production de riz au Nigeria s’est accrue au taux de plus de 9% par an, au cours de ces trois dernières décennies, essentiellement en raison de l’extension des surfaces, la production ne peut pas satisfaire la demande galopante. Le déficit est comblé par des importations à grande échelle.

Le besoin d’une image claire du scénario riz

Le riz est tellement devenu un produit stratégique dans l’économie du Nigeria, avec un marché d’environ 1 milliard de dollars US, que le gouvernement a formulé plusieurs politiques au fil des ans pour agir sur son cours. Cependant, les décisions ont été incohérentes et oscillantes entre le protectionnisme et le marché libre. De 1986 au milieu des années 90, par exemple,
les importations de riz étaient interdites. Depuis 1995, l’importation est autorisée avec des droits de douane ad valorem variantes, allant de 50 à plus de 100%.

“Cette incohérence dans la politique rizicole a été  contre-productive parce qu’elle amenuise la capacité de tous les acteurs de la filière à développer une stratégie à long-terme,” note Dr Frédéric Lançon, l’économiste des politiques de l’ADRAO qui dirige le projet financé par l’USAID.

En collaboration avec l’Institut nigérian de recherche socio-économique, le projet a mené une série d’enquêtes au Nigeria pour avoir une image claire du scenario riz, en particulier les facteurs qui expliquent le changement d’attitude des consommateurs vers le riz importé. Des études complémentaires sont également en cours pour trouver les raisons de l’échec des grands projets irrigués.

La force du projet réside dans la manière dont il a pu impliquer une vaste gamme d’acteurs, des paysans aux usineurs en passant par les commerçants, fournissant ainsi une vision partagée des problèmes et des solutions possibles.

Améliorer la compétitivité du riz local

“Les enquêtes révèlent que les consommateurs de riz nigérians sont prêts à payer pour la qualité,” commente Dr Lançon. “Mais, il n’ y a pas de mécanisme efficace pour améliorer la qualité du riz local et ce qui est étonnant c’est que les usineurs ne sont même pas conscients de ce fait.”

Les résultats du projet montrent les choix stratégiques que doit faire le gouvernment pour encourager le secteur rizicole du pays. Il faut :

  • Une politique ciblée sur les écologies les plus prometteuses plutôt qu’une politique uniforme

  • Une amélioration du marché d’intrants et un accès durable aux engrais

  • Une amélioration des capacités d’usinage, une efficacité commerciale surtout au niveau des détaillants à travers un appui financier et la formation

  • Une campagne de commercialisation pour promouvoir l’image du riz local

Les résultats définitifs et les recommandations du projet seront présentés au cours d’un atelier en mai 2003. Le Comité présidentiel attend impatiemment les perspectives de ce projet important pour redynamiser l’économie du riz dans le pays et améliorer la compétitivité du riz local.

 


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