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Pourquoi
les Nigérians s’accrochent-ils au riz importé ?
Perspectives d’une étude d’ensemble sur le secteur
riz
Un schéma directeur pour une stratégie efficace de développement
rizicole pour le Nigéria est en train de voir le jour.
Il est élaboré par les économistes de l’ADRAO, en
collaboration avec leurs partenaires du Nigeria. Cette
stratégie est développée en réponse à une requête
de l’USAID, qui soutient le projet L’économie
rizicole du Nigeria dans un monde de compétition :
contraintes, opportunités et choix stratégiques.
Les perspectives de ce projet seront partagées avec le
Comité présidentiel travaillant sur l’amélioration
de la production de riz au Nigeria en vue d’éventuelles
exportations. Le Comité a
invité l’ADRAO à contribuer au débat sur le secteur
riz pour l’aider à prendre des décisions appropriées
visant à réduire la forte dépendance du pays sur le
riz importé et encourager sa
production rizicole. Le Comité a été mis en place par
le Président Obasanjo, en 2002.
Le Nigeria est le deuxième plus grand importateur
mondial de riz, avec une dépense annuelle de plus de
300 millions de dollars. Le pays a importé 1.7 million
de tonnes de riz en 2001 et 1.5 million en 2002. Au vu
de ses potentialités agricoles, pourquoi le Nigeria
a-t-il besoin d’importer de si grandes quantités de
riz? Posez la question à une ménagère nigériane et
vous serez au cœur du problème.
Le leurre du riz importé
Des rangées interminables de sacs de riz importé aux
couleurs vives – c’est la scène qui s’offre à
vos yeux dans les rues de Port Harcourt, une ville du
Sud-Nigeria. Les sacs sont étiquettés riz thaïlandais,
riz indien, riz Uncle Ben’s – tout sauf riz nigérian.
Cette scène n’est pas particulière à Port Harcourt;
elle est typique dans toutes les villes et même dans
beaucoup de villages au Nigeria.
“Je préfère acheter du riz importé, parce qu’il
est propre et je peux le préparer immédiatement. Si
j’achetais du riz local, j’aurais à prendre du
temps pour le débarrasser des cailloux ou débris,”
indique Mme Nike Abamu de Port Harcourt. Mme Grace
Adigun d’Ibadan, elle, déclare, “Mon mari rouspète
lorsque je prépare du riz local, qui parfois dégage de
la mauvaise odeur parce qu’il n’a pas été bien
travaillé à l’usinage.”
La mauvaise qualité et l’approvisionnement irrégulier
en riz local sont les deux problèmes majeurs des
consommateurs de riz au Nigeria, où la consommation de
riz, au fil des trois dernières décennies, s’est
accrue pour atteindre un taux inégalé de plus de 10%
par an – plus vite que nulle part ailleurs dans le
monde. Cette croissance est la résultante d’une démographie
urbaine émergeante et du changement dans les préférences
de consommation.
Le riz est plus facile à préparer que les autres céréales
traditionnelles et s’adapte bien aux modes de vie du
riche et du pauvre, en milieu urbain. N’étant plus
considéré comme un luxe, le riz est vite devenu une
nourriture de base dans le pays. “Il est même en
train de remplacer le manioc et l’igname utilisés
pour le ‘fufu’ – un des plats les plus populaires
au Nigeria,” affirme Mme Abamu.
Même si la production de riz au Nigeria s’est accrue
au taux de plus de 9% par an, au cours de ces trois
dernières décennies, essentiellement en raison de
l’extension des surfaces,
la production ne peut pas satisfaire la demande
galopante. Le déficit est comblé par des importations
à grande échelle.
Le besoin d’une image claire du scénario riz
Le riz est tellement devenu un produit stratégique dans
l’économie du Nigeria, avec un marché d’environ 1
milliard de dollars US, que le gouvernement a formulé
plusieurs politiques au fil des ans pour agir sur son
cours. Cependant, les décisions ont été incohérentes
et oscillantes entre le protectionnisme et le marché
libre. De 1986 au milieu des années 90, par exemple,
les importations de riz étaient interdites. Depuis
1995, l’importation est autorisée avec des droits de
douane ad valorem variantes, allant de 50 à plus de
100%.
“Cette incohérence dans la politique rizicole a été
contre-productive parce qu’elle amenuise la capacité
de tous les acteurs de la filière à développer une
stratégie à long-terme,” note Dr Frédéric Lançon,
l’économiste des politiques de l’ADRAO qui dirige
le projet financé par l’USAID.
En collaboration avec l’Institut nigérian
de recherche socio-économique, le projet a mené une série
d’enquêtes au Nigeria pour avoir une image claire du
scenario riz, en particulier les facteurs qui expliquent
le changement d’attitude des consommateurs vers le riz
importé. Des études complémentaires sont également
en cours pour trouver les raisons de l’échec des
grands projets irrigués.
La force du projet réside dans la manière dont il a pu
impliquer une vaste gamme d’acteurs, des paysans aux
usineurs en passant par les commerçants, fournissant
ainsi une vision partagée des problèmes et des
solutions possibles.
Améliorer la compétitivité du riz local
“Les enquêtes révèlent que les consommateurs de riz
nigérians sont prêts à payer pour la qualité,”
commente Dr Lançon. “Mais, il n’ y a pas de mécanisme
efficace pour améliorer la qualité du riz local et ce
qui est étonnant c’est que les usineurs ne sont même
pas conscients de ce fait.”
Les résultats du projet montrent les choix stratégiques
que doit faire le gouvernment pour encourager le secteur
rizicole du pays. Il faut :
-
Une politique ciblée sur les écologies les plus
prometteuses plutôt qu’une politique uniforme
-
Une amélioration du marché d’intrants et un accès
durable aux engrais
-
Une amélioration des capacités d’usinage, une
efficacité commerciale surtout au niveau des détaillants
à travers un appui financier et la formation
-
Une campagne de commercialisation pour promouvoir
l’image du riz local
Les
résultats définitifs et les recommandations du projet
seront présentés au cours d’un atelier en mai 2003.
Le Comité présidentiel attend impatiemment les
perspectives de ce projet important pour redynamiser
l’économie du riz dans le pays et améliorer la compétitivité
du riz local.
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