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Centre du riz pour l’Afrique


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Savitri Mohapatra, Editor
(s.mohapatra@cgiar.org)

janvier-avril 2006

Numéro 11


Découverte des secrets les mieux gardés des paysans
Un projet conjoint ADRAO-FIDA aide à documenter les connaissances et les innovations locales

Saviez-vous que vous pouvez vous débarrasser des termites en les enfumant à l’aide de feuilles de tabac ; que les semences de riz peuvent être stockées en toute sécurité lorsqu’elles sont couvertes avec de la cendre de bois ; ou que le fait d’attacher le bétail dans les champs de céréales peut aider à réduire l’infestation de Striga dans ces champs ?

Si vous n’aviez pas entendu parler de ces solutions simples, vous n’êtes pas le seul. Un bon nombre de chercheurs et de vulgarisateurs agricoles ne les savent pas aussi. Il s’agit là de quelques-unes du peu qu’on connaît sur les « meilleures pratiques » locales qui sont en train d’être identifiées, validées et documentées grâce au projet Adaptation participative et diffusion des technologies pour les systèmes à base riz (PADS) en Afrique de l’Ouest (Phase II). 

Le projet est exécuté par le Centre du riz pour l’Afrique (ADRAO) et ses partenaires dans quatre pays d’Afrique de l’Ouest — Ghana, Guinée, Mali et Gambie — avec l’appui du Fonds international de développement agricole (FIDA). 

Le projet se focalise sur les systèmes de bas-fond et son objectif global est d’améliorer la productivité rizicole, de stimuler la diversification des cultures et d’accroître le revenu des paysans dans ces systèmes. Pour atteindre son objectif, le projet vise à identifier, à évaluer, à améliorer et à disséminer à grande échelle les innovations durables — non seulement à partir des instituts de recherche, mais aussi des innovations locales, en particulier des communautés paysannes.

En effet, un des défis majeurs du PADS est de changer les attitudes profondément encrées des personnes travaillant avec les paysans. « Nombreux sont ceux d’entre nous qui pensent automatiquement que les chercheurs sont la seule source d’innovation agricole, » a déclaré Dr Paul Van Mele, Spécialiste du transfert de technologies de l’ADRAO et chef du projet.

« Nous avons tendance à oublier que les paysans jouent un rôle important comme innovateurs locaux s’appuyant sur leur expérience quotidienne, » a-t-il expliqué. Malheureusement, leur connaissance se perd souvent au fil des ans ou reste enfermée dans les mémoires des familles ou des communautés individuelles du fait de l’absence d’un mécanisme approprié de dissémination.

Le projet va sélectionner certaines des innovations locales réussies et applicables à grande échelle en vue de les disséminer dans la région par le biais de la vulgarisation paysan à paysan et les mass-média. « Les chercheurs pourraient même examiner certaines de ces innovations locales comme sujets de recherche pour leurs expérimentations, » a ajouté Dr Van Mele.

Mais comment faire pour trouver les innovations locales ? Et une fois qu’elles sont identifiées, comment les documenter ? Enfin, comment faire la sélection de celles qui conviennent le mieux à la dissémination à grande échelle ?

Pour répondre à ces questions, quatre ateliers de formation ont été organisés en 2005-2006 dans chacun des quatre pays à l’intention des coordinateurs du projet, des vulgarisateurs, des chercheurs et des ONG. Ils se sont focalisés sur les concepts, les outils et les techniques pour mieux comprendre les perceptions et les innovations des paysans : 

Outils pour classer la connaissance et comprendre la circulation des connaissances

Matrice de la connaissance : cet outil aide à classer en quatre catégories la connaissance des personnes sur tout sujet : approfondie, peu approfondie, erronée et inexistante. Sur la base de ce classement, des interventions appropriées peuvent être développées. Par exemple, si les paysans ont une connaissance approfondie de la lutte contre les insectes ravageurs, c’est là où les innovations locales seront probablement nombreuses et où les chercheurs peuvent apprendre d’elles.

Noms locaux : vous pourriez vous poser la question suivante : que renferme un nom ? Mais il est important de se rappeler que les noms locaux racontent souvent des histoires ou résument un problème. Par exemple, dans certaines parties du Ghana, les hors-types de riz sont appelés Modiak (riz mâle), ce qui a une connotation négative parce que le riz est considéré comme une culture femelle, qui donne la vie.

Analyse du bien-être : les plus pauvres sont souvent contraints d’innover pour survivre. L’analyse du bien-être permet aux paysans d’identifier la frange la plus pauvre de leur communauté. Dans le projet, l’outil est aussi utilisé pour évaluer les dimensions sociales de la vulgarisation paysan à paysan et de mesurer l’impact de ses interventions.

Outils et techniques pour faire la collecte, la documentation et la dissémination à grande échelle des innovations locales

Techniques d’interview : pendant l’atelier, les participants apprennent à écouter les paysans et utilisent des questions ouvertes pour éclaircir les réponses utiles que ces derniers donnent.

Documentation des techniques : l’art de narrer les histoires est une compétence de grande valeur pour décrire et documenter les innovations locales de façon plus facile pour le lecteur.

Prix : comment motiver les personnes à écrire ? Une équipe externe de chercheurs a été identifiée pour sélectionner les trois meilleures histoires soumises au Projet. Les équipes nationales gagnantes recevront des sommes d’argent en guise de prix.

Critère de validation : les participants de différents backgrounds apprennent à identifier les innovations locales qui valent la peine d’être disséminées en utilisant les critères tels que : les innovations sont-elles sensibles aux cultures locales, sans risques, respectueuses de l’environnement ; ont-elles des chances d’être acceptées ; le matériel nécessaire est-il disponible au niveau local.

Outils pour la dissémination à grande échelle : vers la fin de l’atelier, les participants explorent les avantages, les inconvénients et le potentiel des différentes méthodes de vulgarisation et développent des plans d’action en vue de la dissémination à grande échelle des innovations locales et des principes scientifiques sous-jacents. 

« L’un des résultats les plus importants qui émergent du projet est que les gens dans les pays en développement sont souvent confrontés à des défis similaires, » a observé Dr Van Mele, en donnant l’exemple de la façon dont les vidéos enregistrées sur la santé des semences de riz avec les femmes rurales au Bangladesh ont eu un grand succès dans beaucoup de villages africains.

Le projet facilite non seulement le partage de la connaissance et des innovations d’une communauté avec une autre et d’une région avec une autre, mais aussi vise à institutionnaliser les processus de recherche et de développement au profit des pauvres. Toutes ces contributions sont importantes dans la résolution des problèmes globaux

 

 


© Centre du riz pour l’Afrique 2006
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