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Centre du riz pour l’Afrique


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Savitri Mohapatra, Editor
(s.mohapatra@cgiar.org)

Juillet-Septembre 2003 

Numéro 3

 

Sur les traces d’un gros ravageur des céréales

La pyriculariose — dont la seule évocation suscite de l’inquiétude chez les riziculteurs et les chercheurs du riz — constitue une grande menace pour la sécurité alimentaire du fait qu’elle détruit annuellement plus de 150 millions de tonnes de riz cultivé à travers le monde, de quoi nourrir 60 millions de personnes. 

La maladie est présente dans 85 pays et cause des pertes estimées à près de 5 milliards de dollars par an. Nul doute donc qu’elle fasse l’objet du marché de fongicides le plus important au monde. Rien que le marché japonais de fongicides est estimé à 400 millions de dollars américains, par an! 

Dans le domaine de la science des plantes, la pyriculariose du riz est, maintenant, bien connue après la publication, en juillet 2002, du premier jet de la séquence du génome du champignon Magnaporthe grisea, responsable de la maladie. Le champignon de la pyriculariose était considéré par les chercheurs, comme un modèle de système pour la compréhension des interactions champignon-plante et donc un candidat idéal pour le séquençage du génome. 

On espère qu’avec le premier jet du séquençage de M. grisea dans les bases de données publiques, les chercheurs pourront mieux comprendre l’interaction hôte-agent pathogène et explorer les voies et moyens de permettre aux plants de riz de mieux résister au champignon ou de contrarier sa capacité d’infection.

En général, on lutte contre la pyriculariose par le biais de fongicides — des produits chimiques non seulement d’un coût élevé, mais aussi nuisibles à l’environnement — ou l’utilisation de variétés résistantes. Mais, aucune des stratégies ne s’est avérée efficace parce que le champignon devient de plus en plus résistant aux fongicides et adopte des formes de plus en plus virulentes pour attaquer les variétés résistantes. 

En fait, le champignon de la pyriculariose est si variable, particulièrement en conditions de monoculture intensive à grande échelle, qu’il peut rendre vulnérables, les variétés résistantes de riz au bout de 2 ou 3 ans. 

Cartographie de la pyriculariose en Afrique de l’Ouest et du Centre 

Bien que présente dans tous les écosystèmes de riziculture en Afrique de l’Ouest et du Centre (AOC), la pyriculariose est plus importante dans les plateaux et bas-fonds pluviaux. La plupart des variétés cultivées en AOC se sont avérées suffisamment résistantes pour éviter des dégâts massifs. On pense qu’une variété ouest-africaine de plateau, appelée Moroberekan, confère une résistance durable à cette infection. 

En AOC, la pyriculariose cause des pertes significatives dans les champs paysans, particulièrement lorsque les paysans essaient d’améliorer leur système traditionnel en utilisant des variétés à haut rendement qui sont sensibles à la pyriculariose. 

Les chercheurs de l’ADRAO et leurs partenaires ont trouvé que l’approche de gestion intégrée des ravageurs (IPM), incluant l’utilisation de variétés résistantes, des pratiques culturales et la lutte chimique judicieuse demeure le meilleur moyen de faire face à la pyriculariose dans les champs paysans d’Afrique de l’Ouest et du Centre. 

“La recherche de l’ADRAO met l’accent sur la lutte à travers une résistance variétale stable,” indique Dr Y Sere, phytopathologiste de l’ADRAO. “En plus de l’amélioration variétale et de la sélection pour la résistance à la pyriculariose, de nouvelles méthodes de sélection pour une résistance durable sont explorées à partir d’une vaste caractérisation moléculaire et biologique de la diversité génétique de l’agent pathogène en Afrique de l’Ouest,” ajoute t-il.

Dans le cadre d’un projet multi-institutionnel de quatre ans comprenant l’ADRAO, Horticultural Research International (HRI) du Royaume-Uni et les instituts nationaux de recherche agricole du Ghana, les chercheurs sont en train d’étudier la diversité de l’agent pathogène de la pyriculariose en AOC.

Les résultats finaux de ce projet financé par le Département pour le développement international/le Programme de protection des cultures (DFID/CPP) ont été discutés, en mars 2003, lors d’un Atelier sur la caractérisation stratégique des lignages de la pyriculariose et les outils pour un suivi à long terme par l’ADRAO et les SNRA. Ces résultats serviront de contributions à l’atlas mondial sur la diversité de l’agent pathogène.

Un résultat important obtenu par le projet, c’est l’établissement et la caractérisation d’une collection de base de plus de 350 isolats d’agents pathogènes provenant des sites de criblage et de champs environnants en Côte d’Ivoire, au Ghana, au Burkina Faso et au Nigeria. 

Des lignages communs (groupes génétiques) de ces isolats ont été identifiés dans les quatre pays et ont révélé neuf lignages distincts en Afrique de l’Ouest. Près d’une moitié des 40 variétés de riz qui ont été criblées sous conditions contrôlées, s’avèrent résistantes aux lignages représentatifs dominants de l’Afrique de l’Ouest. 

Grâce au projet, les chercheurs de l’ADRAO ont pu développer une stratégie d’identification du matériel ayant une résistance durable et pouvant être directement adopté par les paysans et utilisé dans les programmes de sélection.

Basées sur les acquis du projet, des activités suivantes sont planifiées:

• la promotion d’un kit d’outil moléculaire pour le suivi de la diversité de l’agent pathogène de la pyriculariose en Afrique de l’Ouest et du Centre à travers la formation des chercheurs des SNRA;

• la caractérisation des populations de l’agent pathogène dans les pays clés à l’aide d’outils moléculaires à l’ADRAO;

• l’utilisation de populations/sites caractérisés et des sources de résistance pour parvenir à une résistance durable contre la pyriculariose en Afrique de l’Ouest et du Centre.

 


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