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Nous vaincrons
Très peu de gens croient
qu'
un Centre de recherche peut être héroïque et invincible. Mais pour
ceux qui connaissent l’histoire et l’évolution de
l’ADRAO, il n’y a pas d’autre meilleure manière de le
décrire. Si une autre organisation avait été soumise à
la série de chocs et de revers que l’ADRAO a connu, elle
se serait effondrée, mais après la crise, l’ADRAO s’est
relevé comme le phénix mythique de ses cendres et s’en
est aller de force en force.
L’ADRAO a été trois fois déraciné de son siège—une fois
du Libéria et deux fois de la Côte d’Ivoire à cause de
guerres civiles. Malgré cela, il a reçu les accolades
les plus chaleureuses auxquelles un institut de
recherche peut prétendre. J’aimerais citer ici juste
quelques-unes:
-
Le prestigieux prix
GCRAI du Roi Baudouin pour le développement du
NERICA en 2000.
-
Distinctions
honorifiques du Gouvernement de la Côte d’Ivoire au
personnel de l’ADRAO, dont le Directeur général,
pour l’engagement et la compétence, qui ont aidé à
faire de l’ADRAO un Centre d’excellence.
-
Hommages au NERICA par
les dirigeants du monde entier en 2003 lors de la
Conférence internationale de Tokyo sur le
développement de l’Afrique (TICAD) III, où le NERICA
a émergé comme un symbole pour la coopération
Asie-Afrique
-
Prix de science et de
technologie du Président du Sénégal pour le
développement et la promotion de la batteuse de riz
ASI en 2003
-
Eloge du Centre pour
son courage dans la crise ivoirienne par le Conseil
des Ministres et le GCRAI
-
Prix mondial de
l’alimentation 2004— équivalent du Prix Nobel pour
l’alimentation et les sciences de l’environnement—décerné
à Dr Monty Jones pour le développement du NERICA—une
percée qu’il a réalisée à l’ADRAO.
Ces distinctions sont en
elles-mêmes très importantes mais prises dans le
contexte des revers subis par l’ADRAO, elles ressemblent
à un miracle. Je crois que seuls quatre ou cinq des 15
Centres du GCRAI ont eu le rare privilège de combiner le
Prix du Roi Baudouin et le Prix mondial de
l’alimentation au cours des 20 dernières années.
J’aimerais saisir cette opportunité pour rappeler
brièvement l’histoire de l’ADRAO et les défis immenses
qu’il a surmonté durant son évolution d’une Association
de Pays d’Afrique de l’Ouest en 1971 à Monrovia, Libéria,
au premier Centre de référence de R&D rizicole en
Afrique sub-saharienne.
Grâce à la reconnaissance qu’il a obtenue dans ses
premières années d’existence, l’ADRAO a été placé sous
l’égide du GCRAI en 1986 avec un mandat élargi. En 1987,
à cause de l’instabilité au Libéria, l’ADRAO a transféré
son siège de Monrovia à M’Bé, Côte d’Ivoire. Une
nouvelle ère a commencé pour l’ADRAO avec une nouvelle
structure d’organisation et un plan stratégique, un
élargissement des adhérents qui passent de 11 à 17 pays
d’Afrique de l’Ouest et du Centre et une augmentation du
nombre des donateurs.
Entre 1987 et 2004 l’ADRAO a connu quatre Revues
externes de Programmes et de Gestion (EPMRs), une revue
inter-centre sur la riziculture et plusieurs revues
internes. Tandis qu’une étude antérieure par Grant
Scobie avait mis en cause l’existence de l’ADRAO en tant
que centre autonome, la quatrième EPMR, réalisées en
1999–2000, ont rendu un témoignage fort de la mutation
de l’ADRAO en un centre d’excellence scientifique bien
géré, vibrant et viable. Le Prix GCRAI du Millénaire du
Roi Baudouin conféré à l’ADRAO en 2000 a témoigné
davantage de l’excellence scientifique du Centre.
En 2000, l’ADRAO a été soumis à une revue intense de ces
principes financiers et de gestion. Les allégations de
malversations se sont par la suite révélées non fondées.
En septembre 2002, l’ADRAO a été confronté à un autre
défi avec le coup d’état militaire qui est survenu dans
le pays hôte, la Côte d’Ivoire. L’ADRAO a été chassé de
son siège et s’est temporairement délocalisé à Abidjan,
Côte d’Ivoire, après avoir redéployé la plupart de son
personnel scientifique à Bamako, Mali.
En
deux ans de travail hors de son siège après la crise,
l’ADRAO a transformé l’adversité en opportunité à
travers des efforts marqués par la ténacité et la
résistance. L’ADRAO a réussi à récupérer plus de 80% des
échantillons des variétés de riz de sa banque de gènes
pour stockage hors de la zone à risque. « L’effort
héroïque » de certain de son personnel local dans le
maintien des expériences de terrain sur le Campus malgré
la crise a été acclamé par tous. Emergeant plus fort de
la crise, le personnel de l’ADRAO a resserré ses liens
pour s’assurer que le Centre continue à être vibrant et
productif.
En réaction à la crise, la
direction de l’ADRAO a dû prendre des décisions à la
fois stratégiques et pratiques pour répondre aux
préoccupations immédiates et à long terme. Les décisions,
dans le cadre de ses stratégies de gestion de la crise à
court et à moyen terme, ont couvert presque tous les
aspects de la santé du Centre.
Grâce au soutien indéfectible du Président
et du
Directeur du GCRAI, du Président du
Conseil des Ministres de l’ADRAO, du Conseil
d’administration, des organisations internationales, et
des partenaires du monde entier, le Centre a pu juguler
la crise avec succès.
Le modus operandi de l’ADRAO c’est le partenariat et
ceci a préservé ses activités R&D hors de la Côte d'Ivoire—dans
des réseaux coordonnés par le Centre ainsi que ses
stations régionales de recherche au Sénégal et au
Nigéria— sans perturbation et non affecté par la crise.
Avec les avancées
enregistrées dans le processus de paix, les assurances
et le soutien du Conseil des Ministres, du Gouvernement
ivoirien et de la communauté internationale à travers
l’Organisation des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI),
depuis mars 2004, le Centre a développé un plan
progressif rigoureux et détaillé de retour à son siège
qu’il a commencé à mettre en œuvre en septembre 2004 et
qui devait s’achever en décembre 2004.
Cependant,
les tragiques événements de novembre 2004 à Bouaké, Côte
d’Ivoire, sont désormais imprimés dans les mémoires
collectives et individuelles du personnel du Centre et
de sa famille. Un de nos principaux chercheurs, Dr
Robert Carsky, a été tué lorsqu’une bombe a frappé le
camp français où il s’était réfugié. C’est une perte
tragique pour le Centre et pour l’Afrique où il a passé
la plus grande partie de sa vie professionnelle
consacrée à la recherche agricole.
Le Conseil d’administration, la Direction et le
personnel ont exprimé ses condoléances les plus
attristées à la famille Carsky. Le Vice-président du
Conseil d’administration, Dr Ed Price et le Directeur
général adjoint pour les Services institutionnels M.
Long T. Nguyen, ont représenté l’ADRAO aux funérailles
en novembre 2004 à Washington DC, où Dr Price a dit
l’oraison funèbre pour Bob.
La reprise de la guerre
civile a exigé l’évacuation du personnel international
et des principaux membres non-ivoiriens du personnel
d’appui de la Côte d'Ivoire. Le Conseil d’administration
a décidé lors d’une réunion extraordinaire en décembre
2004 de délocaliser le siège du Centre à Cotonou, Bénin,
dans les locaux mis à sa disposition par l’Institut
international d’agriculture tropicale (IITA) et
l’Institut national de recherches agronomiques du Bénin
(INRAB). Les structures de Cotonou remplissent le
critère du Conseil d’administration de réunir la
direction, le personnel de la recherche,
l’administration et les départements de finance sur un
même site pour maximiser l’efficacité. Le Centre
n’abandonne pas son siège de Bouaké en Côte d'Ivoire.
Les bureaux, laboratoires, structures de champ et la
banque des gènes du siège demeure intact.
Nous
sommes reconnaissants à tous nos amis, soutiens et
donateurs du monde entier qui ont continué à parrainer
notre cause et à nous appuyer dans nos moments les plus
difficiles. L’esprit du Centre demeure invincible malgré
tous les revers qu’il a subi.
L’ADRAO a une histoire de Centre qui a réussi à relever
des défis formidables. En association avec ses
partenaires, il continuera à mobiliser une science
pointue pour développer des biens publics mondiaux qui
seront bénéfiques non seulement pour les pauvres mais
aussi pour les pays africains. Nous sommes persuadés
qu’ensemble nous surmonterons tous ces revers.
Mais nous devons toujours garder à l’esprit que la paix
ne peut pas régner sans la sécurité alimentaire. Jusqu’à
ce que les pauvres réalisent leur espoir de se procurer
suffisamment d’aliments nutritionnels, de fonder une
famille et de donner à leurs enfants de meilleures
perspectives d’avenir, les jeunes seront aisément
capturés et manipulés par les seigneurs de la guerre et
les canons remplaceront les charrues.
Si les pays africains ne peuvent pas réaliser la
stabilité politique et sociale; des politiques agricoles
favorables; supprimer les subventions injustes; une
meilleure infrastructure; une participation active du
secteur privé; des prix incitatifs pour des produits de
qualité; l’accès des paysans au crédit, aux semences et
à l’engrais ; une promotion massive des produits locaux
; des marchés locaux et régionaux compétitifs ; et un
engagement politique au niveau le plus élevé pour
l’agriculture et la recherche agricole, alors la
sécurité alimentaire, la paix et la prospérité
continueront à leur échapper.
Les violents conflits continueront à surgir et les
tragédies engouffreront non seulement nos nations mais
aussi nos Centres comme l’ADRAO. Comme le disait Hilary
Benn, Ministre du RU pour le Développement outremer, «
il ne sert à rien d’avoir une science de classe mondiale
si on a pas d’état au travail ou l’infrastructure pour
l’utiliser. L’ADRAO qui a récemment produit les NERICA—les
nouvelles variétés du riz miracle africain—a été chassé
de son siège en Côte d’Ivoire par un conflit armé pour
se réfugier au Bénin. Cela souligne comment
l’instabilité politique et la mauvaise gouvernance
menacent une recherche de très bonne qualité qui a le
potentiel d’améliorer massivement la vie et les moyens
de subsistance en Afrique. Et cela sous-tend la
nécessité d’investir dans des processus généraux de
gouvernance et de réformes. »
Kanayo F. Nwanze
Directeur général
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