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Centre du riz pour l’Afrique


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Savitri Mohapatra, Editor
(s.mohapatra@cgiar.org)

Juillet-Décembre 2004

Numéro 7


Nous vaincrons

Très peu de gens croient qu' un Centre de recherche peut être héroïque et invincible. Mais pour ceux qui connaissent l’histoire et l’évolution de l’ADRAO, il n’y a pas d’autre meilleure manière de le décrire. Si une autre organisation avait été soumise à la série de chocs et de revers que l’ADRAO a connu, elle se serait effondrée, mais après la crise, l’ADRAO s’est relevé comme le phénix mythique de ses cendres et s’en est aller de force en force.

L’ADRAO a été trois fois déraciné de son siège—une fois du Libéria et deux fois de la Côte d’Ivoire à cause de guerres civiles. Malgré cela, il a reçu les accolades les plus chaleureuses auxquelles un institut de recherche peut prétendre. J’aimerais citer ici juste quelques-unes:

  • Le prestigieux prix GCRAI du Roi Baudouin pour le développement du NERICA en 2000.

  • Distinctions honorifiques du Gouvernement de la Côte d’Ivoire au personnel de l’ADRAO, dont le Directeur général, pour l’engagement et la compétence, qui ont aidé à faire de l’ADRAO un Centre d’excellence.

  • Hommages au NERICA par les dirigeants du monde entier en 2003 lors de la Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (TICAD) III, où le NERICA a émergé comme un symbole pour la coopération Asie-Afrique

  • Prix de science et de technologie du Président du Sénégal pour le développement et la promotion de la batteuse de riz ASI en 2003

  • Eloge du Centre pour son courage dans la crise ivoirienne par le Conseil des Ministres et le GCRAI

  • Prix mondial de l’alimentation 2004— équivalent du Prix Nobel pour l’alimentation et les sciences de l’environnement—décerné à Dr Monty Jones pour le développement du NERICA—une percée qu’il a réalisée à l’ADRAO.

Ces distinctions sont en elles-mêmes très importantes mais prises dans le contexte des revers subis par l’ADRAO, elles ressemblent à un miracle. Je crois que seuls quatre ou cinq des 15 Centres du GCRAI ont eu le rare privilège de combiner le Prix du Roi Baudouin et le Prix mondial de l’alimentation au cours des 20 dernières années.

J’aimerais saisir cette opportunité pour rappeler brièvement l’histoire de l’ADRAO et les défis immenses qu’il a surmonté durant son évolution d’une Association de Pays d’Afrique de l’Ouest en 1971 à Monrovia, Libéria, au premier Centre de référence de R&D rizicole en Afrique sub-saharienne.

Grâce à la reconnaissance qu’il a obtenue dans ses premières années d’existence, l’ADRAO a été placé sous l’égide du GCRAI en 1986 avec un mandat élargi. En 1987, à cause de l’instabilité au Libéria, l’ADRAO a transféré son siège de Monrovia à M’Bé, Côte d’Ivoire. Une nouvelle ère a commencé pour l’ADRAO avec une nouvelle structure d’organisation et un plan stratégique, un élargissement des adhérents qui passent de 11 à 17 pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre et une augmentation du nombre des donateurs.

Entre 1987 et 2004 l’ADRAO a connu quatre Revues externes de Programmes et de Gestion (EPMRs), une revue inter-centre sur la riziculture et plusieurs revues internes. Tandis qu’une étude antérieure par Grant Scobie avait mis en cause l’existence de l’ADRAO en tant que centre autonome, la quatrième EPMR, réalisées en 1999–2000, ont rendu un témoignage fort de la mutation de l’ADRAO en un centre d’excellence scientifique bien géré, vibrant et viable. Le Prix GCRAI du Millénaire du Roi Baudouin conféré à l’ADRAO en 2000 a témoigné davantage de l’excellence scientifique du Centre.

En 2000, l’ADRAO a été soumis à une revue intense de ces principes financiers et de gestion. Les allégations de malversations se sont par la suite révélées non fondées. En septembre 2002, l’ADRAO a été confronté à un autre défi avec le coup d’état militaire qui est survenu dans le pays hôte, la Côte d’Ivoire. L’ADRAO a été chassé de son siège et s’est temporairement délocalisé à Abidjan, Côte d’Ivoire, après avoir redéployé la plupart de son personnel scientifique à Bamako, Mali.

En deux ans de travail hors de son siège après la crise, l’ADRAO a transformé l’adversité en opportunité à travers des efforts marqués par la ténacité et la résistance. L’ADRAO a réussi à récupérer plus de 80% des échantillons des variétés de riz de sa banque de gènes pour stockage hors de la zone à risque. « L’effort héroïque » de certain de son personnel local dans le maintien des expériences de terrain sur le Campus malgré la crise a été acclamé par tous. Emergeant plus fort de la crise, le personnel de l’ADRAO a resserré ses liens pour s’assurer que le Centre continue à être vibrant et productif.

En réaction à la crise, la direction de l’ADRAO a dû prendre des décisions à la fois stratégiques et pratiques pour répondre aux préoccupations immédiates et à long terme. Les décisions, dans le cadre de ses stratégies de gestion de la crise à court et à moyen terme, ont couvert presque tous les aspects de la santé du Centre.

Grâce au soutien indéfectible du Président et du Directeur du GCRAI, du Président du Conseil des Ministres de l’ADRAO, du Conseil d’administration, des organisations internationales, et des partenaires du monde entier, le Centre a pu juguler la crise avec succès.

Le modus operandi de l’ADRAO c’est le partenariat et ceci a préservé ses activités R&D hors de la Côte d'Ivoire—dans des réseaux coordonnés par le Centre ainsi que ses stations régionales de recherche au Sénégal et au Nigéria— sans perturbation et non affecté par la crise.

Avec les avancées enregistrées dans le processus de paix, les assurances et le soutien du Conseil des Ministres, du Gouvernement ivoirien et de la communauté internationale à travers l’Organisation des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI), depuis mars 2004, le Centre a développé un plan progressif rigoureux et détaillé de retour à son siège qu’il a commencé à mettre en œuvre en septembre 2004 et qui devait s’achever en décembre 2004.

Cependant, les tragiques événements de novembre 2004 à Bouaké, Côte d’Ivoire, sont désormais imprimés dans les mémoires collectives et individuelles du personnel du Centre et de sa famille. Un de nos principaux chercheurs, Dr Robert Carsky, a été tué lorsqu’une bombe a frappé le camp français où il s’était réfugié. C’est une perte tragique pour le Centre et pour l’Afrique où il a passé la plus grande partie de sa vie professionnelle consacrée à la recherche agricole.

Le Conseil d’administration, la Direction et le personnel ont exprimé ses condoléances les plus attristées à la famille Carsky. Le Vice-président du Conseil d’administration, Dr Ed Price et le Directeur général adjoint pour les Services institutionnels M. Long T. Nguyen, ont représenté l’ADRAO aux funérailles en novembre 2004 à Washington DC, où Dr Price a dit l’oraison funèbre pour Bob.

La reprise de la guerre civile a exigé l’évacuation du personnel international et des principaux membres non-ivoiriens du personnel d’appui de la Côte d'Ivoire. Le Conseil d’administration a décidé lors d’une réunion extraordinaire en décembre 2004 de délocaliser le siège du Centre à Cotonou, Bénin, dans les locaux mis à sa disposition par l’Institut international d’agriculture tropicale (IITA) et l’Institut national de recherches agronomiques du Bénin (INRAB). Les structures de Cotonou remplissent le critère du Conseil d’administration de réunir la direction, le personnel de la recherche, l’administration et les départements de finance sur un même site pour maximiser l’efficacité. Le Centre n’abandonne pas son siège de Bouaké en Côte d'Ivoire. Les bureaux, laboratoires, structures de champ et la banque des gènes du siège demeure intact.

Nous sommes reconnaissants à tous nos amis, soutiens et donateurs du monde entier qui ont continué à parrainer notre cause et à nous appuyer dans nos moments les plus difficiles. L’esprit du Centre demeure invincible malgré tous les revers qu’il a subi.

L’ADRAO a une histoire de Centre qui a réussi à relever des défis formidables. En association avec ses partenaires, il continuera à mobiliser une science pointue pour développer des biens publics mondiaux qui seront bénéfiques non seulement pour les pauvres mais aussi pour les pays africains. Nous sommes persuadés qu’ensemble nous surmonterons tous ces revers.

Mais nous devons toujours garder à l’esprit que la paix ne peut pas régner sans la sécurité alimentaire. Jusqu’à ce que les pauvres réalisent leur espoir de se procurer suffisamment d’aliments nutritionnels, de fonder une famille et de donner à leurs enfants de meilleures perspectives d’avenir, les jeunes seront aisément capturés et manipulés par les seigneurs de la guerre et les canons remplaceront les charrues.

Si les pays africains ne peuvent pas réaliser la stabilité politique et sociale; des politiques agricoles favorables; supprimer les subventions injustes; une meilleure infrastructure; une participation active du secteur privé; des prix incitatifs pour des produits de qualité; l’accès des paysans au crédit, aux semences et à l’engrais ; une promotion massive des produits locaux ; des marchés locaux et régionaux compétitifs ; et un engagement politique au niveau le plus élevé pour l’agriculture et la recherche agricole, alors la sécurité alimentaire, la paix et la prospérité continueront à leur échapper.

Les violents conflits continueront à surgir et les tragédies engouffreront non seulement nos nations mais aussi nos Centres comme l’ADRAO. Comme le disait Hilary Benn, Ministre du RU pour le Développement outremer, « il ne sert à rien d’avoir une science de classe mondiale si on a pas d’état au travail ou l’infrastructure pour l’utiliser. L’ADRAO qui a récemment produit les NERICA—les nouvelles variétés du riz miracle africain—a été chassé de son siège en Côte d’Ivoire par un conflit armé pour se réfugier au Bénin. Cela souligne comment l’instabilité politique et la mauvaise gouvernance menacent une recherche de très bonne qualité qui a le potentiel d’améliorer massivement la vie et les moyens de subsistance en Afrique. Et cela sous-tend la nécessité d’investir dans des processus généraux de gouvernance et de réformes. »

Kanayo F. Nwanze
Directeur général

 



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